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Jean-Pierre Catastrophe

TORRE ANTARES

15,00

27 juin 2033


Joël rentre chez lui dans sa voiture de sport, tranquillement. Il vient, avec sa femme Mireille, de déménager dans Torre Antares. Située au coeur du quartier Forum, un quartier excentré de Barcelone, le cadre de vie du couple hétéro est idéal : la tour de 25 étages est sécurisée, avec piscine intérieure. Le roof-top donne une vue sur la mer.

Lui bosse dans la finance, elle pratique le yoga et la cuisine. Ils ont quitté la grisaille de Londres (ou de Paris ?) pour le soleil méditerranéen. Ce qu’ils ne savent pas, c’est que la Torre est damnée.
Elle s’élève sur les ruines d’un ancien cimetière et dès les premiers de la construction au début des années 2000, quelque chose cloche. Les fondations ne veulent pas tenir, et de nombreux retards et contretemps s’enchaînent jusqu’à la crise immobilière et financière de 2008. Le chantier est carrément stoppé et la Torre devient cette catastrophe benjamienne : le progrès comme amoncellement indéfini de ruines.
À cause de la crise immobilière, le promoteur est ruiné, mais préfère laisser sa structure de béton nu, et attendre que la valeur remonte. Dix ans plus tard, il refourgue le squelette à un fonds d’investissement luxembourgeois qui le transforme en appartements de luxe, signé par une architecte française « star ».
Les appartements coûtent une fortune (prix d’entrée : un million d’euros) et peine à attirer les clients. Mais Joël et Mireille sont séduits par un conseiller en gestion de patrimoine. Il leur obtient une réduction sur le penthouse. Ils sont les premiers habitants, et peut-être les derniers...


Parce que la malédiction de la Torre n’a pas disparu avec son embellissement.